En 2020, les membres du “Groupe Femmes ECOLO Courcelles”, qui réunit les femmes écologistes courcelloises, ont mené plusieurs actions pour lutter contre la précarité. Le 8 mars 2020, à l’occasion de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, elles ont organisé une collecte de sous-vêtements, produits de soins et protections périodiques à destination des femmes en situation de précarité. Elles entendaient ainsi dénoncer et lutter contre la précarité menstruelle. Puis, cet hiver 2020, elles ont lancé un appel aux dons pour une collecte solidaire. Leur but : récolter des couvertures, des vestes chaudes, des chaussures, des chaussettes et venir en aide aux plus démunis.

Retours sur ces actions avec Cécile Brice, Carole Jacobs, Cathy Eloy, Corinne Koziol et Annick Lemaire.

La précarité menstruelle, c’est quoi exactement ?

« La précarité menstruelle, c’est lorsqu’une femme est confrontée à des difficultés économiques pour se procurer les produits de première nécessité que constituent les protections périodiques. À cela s’ajoute la gêne, la honte que peuvent ressentir ces femmes lorsqu’elles se retrouvent dans ces situations et doivent demander de l’aide. Pourtant on est là, en 2020 des femmes doivent choisir entre se nourrir, se loger, se soigner et acheter des protections hygiéniques ».

Qui est concernée ?

« Les femmes sans domicile fixe sont les premières touchées. On retrouve aussi les étudiantes pauvres, les femmes battues, les femmes dépendantes financièrement et les plus précaires d’entre nous. Malheureusement, il y a encore un grand manque d’informations sur ce sujet. On parle des protections périodiques mais il ne faut pas oublier les troubles prémenstruels, menstruels et de pré-ménopause qui génèrent également des coûts. C’est important que ces troubles soient reconnus et pris en charge médicalement et financièrement afin de soulager les femmes qui en souffrent. Des traitements existent mais ils sont considérés comme « médicaments de confort », donc hors de prix ! ».

Quelles sont les solutions ?

« Les solutions sont clairement politiques. Jusqu’en 2017, les tampons, serviettes hygiéniques et coupes menstruelles étaient taxés à 21 % en Belgique. Ce n’est qu’avec une forte mobilisation de la société civile que la « taxe tampon » a disparu et que ces produits sont aujourd’hui taxés à 6 % comme des produits de première nécessité. Il s’agit d’une mesure forte qu’ECOLO a soutenu à l’époque. Mais nous devons aller plus loin dans le combat contre la précarité menstruelle. On pourrait envisager de mettre ces protections périodiques gratuitement à disposition dans les écoles, les lieux d’hébergement, les centres de Planning Familial, les cpas, voire dans les toilettes publiques, à l’instar du papier toilette. Des distributeurs pourraient être généralisés et accessibles discrètement à tout le monde, comme pour les préservatifs. L’Écosse nous a montré la voix en 2020 en devenant le premier pays à introduire dans la loi un accès gratuit aux protections périodiques. Des initiatives existent à nous de nous en emparer. En parallèle, nous devons mettre en place une véritable campagne de sensibilisation, éduquer chacun et chacune à ces questions. Les règles ne doivent plus être ni un sujet de railleries sexistes ni un problème économique. Mais on avance sur la question ! Ecolo vient tout juste de déposer un texte au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour lutter contre la précarité menstruelle dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur. Ce texte demande notamment au Gouvernement d’étudier l’impact budgétaire de la mise à disposition des protections périodiques dans les établissements scolaires.

Et les nouveaux modes de protections réutilisables (cup, culottes menstruelles, …) ?

« Se pose également la question de la présence de substances chimiques nocives présentes dans certaines protections hygiéniques, notamment les perturbateurs endocriniens. Sur ce point, ECOLO reste vigilant et encourage globalement à l’utilisation de solutions réutilisables moins polluantes. Le problème, c’est que ce genre de protection reste inabordable pour les femmes victimes de précarité menstruelle, particulièrement les femmes sans-abris, tant en terme de prix qu’en terme d’entretien. Elles auraient alors besoin d’une infrastructure pour se changer, pour laver leur protection, etc. ».

Quelles sont les conséquences de la crise sanitaire sur les femmes en situation de précarité menstruelle ?

« Malheureusement nombreuses comme pour l’ensemble de la société. Perte de travail, perte de revenu, perte de mobilité avec le confinement. La Croix Rouge nous a confirmé qu’il y avait beaucoup plus de demandes d’aide diverses depuis le début de la crise sanitaire ».

Quel bilan tirez-vous de votre action ?

« Nous retenons le plaisir et la bonne humeur qui ont émaillé nos journées de préparation, de distribution des courriers, de prises de contact avec les associations et les commerçants, de réception, de tri, de distribution des colis, etc. Mention spéciale pour Lucia pour son soutien et des encouragements dans des moments de doute et de fatigue, avec sa tasse de café et ses bons biscuits ! Même si parfois, nous avons dû faire face à quelques déceptions et notamment peu de réponses positives de la part des commerçants et des entreprises, le bilan de cette aventure féminine n’est que fierté et satisfaction. Nous nous sommes découvertes, nous avons utilisés nos atouts, nous avons pris un plaisir fou à travailler ensemble et nous sommes motivées à réitérer l’aventure ! Au départ, la collecte ne devait avoir lieu que cette année (2020) mais vu les besoins et les retours positifs tant des donateurs que des receveurs, nous voulons pérenniser cette action. Durant cet hiver, nous avons continué les collectes de produits d’hygiène et de sous-vêtements pour femmes mais nous avons également récolté des draps de lit, des essuies, des chaussettes, des pantalons, des vêtements chauds pour homme et femme afin de confectionner des colis de première nécessité ».

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette collecte solidaire ?

« Début novembre, nous avons lancé un appel aux dons pour une collecte solidaire. Le but c’était de récolter des couvertures, des vestes chaudes, des chaussures, des chaussettes et venir en aide aux plus démunis. Et les gens ont répondu à notre appel ! Les dons ont été très nombreux, nous avons reçu pas loin de 300 sacs de vêtements pour le mois de janvier. Cest encourageant de voir une telle solidarité dans la commune. Nous avons ensuite confectionner des colis de première nécessité que nous avons transmis à différentes structures en charge de l’aide aux plus démunis. Parmi elles, le Relais Santé de Charleroi ou encore les asbl le Triangle et l’Entraide de Courcelles, qui se chargent de distribuer ces colis. L’augmentation du nombre de personnes en situation de grande pauvreté est malheureusement l’une des conséquences de cette crise sanitaire, sociale et économique. C’est une situation préoccupante qui nécessite une réponse urgente. Avec les températures que nous rencontrons en ce moment, et pour les jours à venir, il est urgent d’agir et de venir en aide aux personnes sans-abris. Entre le 1er novembre 2019 et le 1er novembre 2020, 23 personnes sont décédées dans les rues de Charleroi. Ils étaient 17 en 2018 et 18 en 2019… ».

Vos projets pour 2021 ?

« Cette année nous organiserons une récolte pour les femmes battues qui quittent leur domicile et se retrouvent sans rien, souvent avec des enfants. Pour cela, nous cherchons des draps de lit d’une personne, des couvertures, des couettes, des produits d’hygiène, des protections périodiques et des sous-vêtements comme l’année passée, mais également des vêtements pour adolescent·e·s. Ces dons seront distribués suivant leurs besoins, dans diverses asbl : « l’Entraide courcelloise », le « Triangle », le « Relais Social », le « 26 », « Comme chez nous » et le « Foyer ». L’idée, c’est aussi d’étendre la dynamique à d’autres locales. Pour le moment, la collecte se déroule à Courcelles, mais nous invitons les autres membres d’Ecolo à organiser des collectes dans leurs communes ou à nous rejoindre ! ».

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